Partager l'article ! Le crepuscule de la Franc-maconnerie francaise, vu du Gabon: Dans «le crépuscule des frères: la fin de la franc-maçonnerie » Alain Baue ...
EVOLUTION DE LA SOCIETE ET PETROLE AU GABON
Dans «le crépuscule des frères: la fin de la franc-maçonnerie » Alain Bauer, ancien grand maitre du Grand Orient de France, constate que la franc-maçonnerie est en crise et ne cesse de diminuer en effectif spécialement dans les bastions anglo-saxons.
Un autre franc-maçon avoue : « La quasi-totalité des francs-maçons français ont honte de la politique africaine de la GLNF consistant à soutenir les "frères-despotes" (Ali Bongo au Gabon mais aussi Denis Sassou Nguesso au Congo, Blaise Compaoré au Burkina Fasso ou Faure Gnassingbé au Togo et biens d'autres...). Le chantier est immense pour contrecarrer l'image détestable que la GLNF donne de l'Ordre Maçonnique sur le continent africain. »
Certes, c’est aujourd’hui la GLNF qui défraye la chronique a cause des dérives autoritaires de son actuel grand maitre François Stifani, qui justement veut gérer son obédience a l’africaine, « en despote non éclairé » selon le bon mot de Roger Dachez, président de l'Institut maçonnique de France. Cependant outre la GLNF qualifiée de « marraine» des grandes loges africaines, le Grand Orient de France a également été un complice passif des dérives des loges africaines, observatrice tolérante de l’inacceptable... Première obédience maçonnique de France, certains de ses membres gèrent des affaires africaines au haut niveau. D’ailleurs dans le cas du Gabon, Omar Bongo est entré dans le monde maçonnique en se faisant initier au sein d'une loge du Grand Orient de France dans le temple de la place Jean Faure à Angoulême. Le GODF a simplement gagne moins d’argent en Afrique dans la course a l’affairisme, la GLNF lui ayant été rapidement préférée a cause de l’accès aux réseaux anglo-saxons que lui donne sa « régularité ».
Il semble que l’Afrique a plus avivé les convoitises matérielles des franc-maçons que leur désir de solidarité fraternelle et d’assistance aux idéaux maçonniques de liberté et de développement des potentialités humaines a l’endroit d’un des peuples parmi les plus malheureux de la terre.
Il y a actuellement des tentatives sincères de révision des mythes et de recherche sur l’histoire réelle de la Franc-maçonnerie, de la part notamment d’Alain Bauer et Roger Dachez (étant actuellement l’un des meilleurs historiens mondiaux sur la Franc-maçonnerie). Mais la Franc-maçonnerie a un problème profond avec son histoire qu’elle se sent parfois obligée de parer de mythes fondateurs mensongers.
Actuellement on redécouvre que durant la Commune il y avait plus de franc-maçons parmi les versaillistes que de parmi les communards. S’il y a eu autant d’application à détruire la monarchie française c’est qu’elle représentait un absolutisme héréditaire incontrôlable et préjudiciable à la promotion de certaines libertés. Mais pourtant c’est un absolutisme d’un autre type qui s’est développé au sein du monde maçonnique, avec une organisation de pouvoir de type pyramidale, ou l’on retrouve régulièrement au sommet les membres des mêmes familles, une sorte « d’aristocratie maçonnique ».
Les francs-maçons français ont un intérêt fort pour les questions sociales et le progressisme, au sein d’une société largement aboutie du point de vue social, à l’avant-garde des pays occidentaux. L’essentiel social ayant été tellement fait dans les dernières décennies, qu’aujourd’hui cette franc-maçonnerie trop centrée sur ses problèmes domestiques ou qui fignole les détails pour l’harmonisation européenne donne l’impression qu’elle est en panne parce qu’il n y a plus eu récemment de grande réalisation sociale spectaculaire ni de grands défis domestiques à venir. Les grands défis sociaux se situent désormais au niveau planétaire et n’y sont impliquée qu’une infime élite suffisamment au fait de variables complexes. Le travail symbolique d’ordre personnel a pour but l’empowerment individual qui donne une force d’engagement et de conviction (puisées dans la recherche spirituelle) permettant d’assumer ces défis. La jeune génération occidentale actuelle, trop « cocoonée » n’a plus la volonté, l’abnégation et le sens du juste combat social. D’ailleurs l’intérêt d’une expérience gnostique est d’apporter a l’individu la connaissance de ses connections internes a l’univers et de réaliser ses potentialités divines afin de susciter en lui une responsabilisation sociétale propice a éveiller en lui des engagements forts dans des domaines critiques, sans craindre pour sa vie ou son confort et dans des conditions adverses difficiles...
La difficulté actuelle est comment être un homme vrai, vecteur de progrès, capable d’agir sur la société, mais au sein d’une population qui lâche spirituellement prise, s’amollit et plonge de plus en plus dans la déchéance morale. La question pourrait aussi être : pourquoi devenir un véritable initié et comment maintenir sa progression sans tomber dans la tentation matérialiste (que peut apporter l’ivresse des sommets) ou le repli fondamentaliste (en rejet de la décadence ambiante, en opposition avec les idéaux de tolérance) ?
La franc-maçonnerie française semble avoir suivi la tendance à l’amollissement de ses concitoyens. Elle s’est spécialisée dans le lancement d’idée novatrice, l’influencage discret et l’entrisme ciblé soit agir dans des conditions de confort et « la masse faite le reste !». Mais elle est devenue relativement stérile pour poser des actes concrets très engages. Certains mâcons sont des jeteurs de cailloux dans l’eau pour créer des ondes, mais qu’elle est l’impact de ces ondes parmi un flot agitée ? La franc-maçonnerie devrait trouver une juste mesure à sa participation sociétale, qui produise des effets significatifs.
De mon point de vue d’africain, la majorité des francs-maçons français ont vis-à-vis de l’Afrique soit des visées affairistes pour ceux qui y viennent, soit l’indifférence pour ceux qui n’y ont pas d’intérêts. L’indifférence pouvant venir de la méconnaissance de nos interdépendances économiques et de la focalisation sur les problèmes domestiques franco-français et l’Europe. [Pourtant l’interdépendance est claire, quand on observe le cas de Plysorol, un leader européen de son secteur qui est au bord du dépôt de bilan à cause d’une mesure prise au Gabon !]
Quant aux rares qui auraient une pensée constructive pour leurs frères africains francophones (ayant donc en partage une culture commune quoique forcée), je leur suggèrerais de dire ceci :
« Certains de mes frères vous ont fait du tort et ont sali le nom de ma famille. Permettez-moi donc de vous aider à détacher vos liens et à réparer les dommages qu’ils ont fait a votre maison… »
Car l’africain vit dans une maison prête à s’écrouler, avec aux pieds une chaine attachée au poteau centrale. Les rares qu’on laisse batifoler dans les verts pâturages ont un collier et viennent dormir le soir au chenil.
Et je ne pense pas que l’idéal maçonnique universel de liberté ne soit réservé qu’aux frères blancs. Des associations telles que Survie ou Sherpa, qui ont une bonne connaissance de terrain (à cause des enquêtes menées) et de solides arguments intellectuels regardant la problématique de libération des anciennes colonies françaises, mériteraient un intérêt autrement plus important.
Concernant l’intelligentsia africaine, les intellectuels de la diaspora, les jeunes doctorants des universités africaines, qui sont dans la tranche 25-40 ans (ou il y a la plus grosse production intellectuelle) sont pour la plupart déphasés et donnent une interprétation pas toujours réaliste des problèmes africains. Car au moment où ils écrivent ils sont dans des situations d’autocensure ou ils veulent plaire à certaines coteries afin de rejoindre le statut bourgeois qu’ils revendiquent. C’est ainsi que les germes des problèmes actuels et futurs, ainsi que les grandes tendances leur échappent totalement. Ce sont des commentateurs « après l’événement ». D’ailleurs quel éditeur accepterait de publier ou quel directeur de thèse accepterait le mémoire d’un intellectuel africain qui exprimerait franchement des bons arguments anti-français ?
Par exemple tant qu’un manœuvre tchadien ou centrafricain (pays du pré carré français) à 20 000 FCFA par moi gagnera 35 fois moins qu’un manœuvre occidental, il ne saurait y avoir de paix, sauf une paix forcée par des interpositions militaires. Car sa misère même est une violence morale qui lui est faite, un acte d’agression de la part de ceux qui tirent les ficelles.
Aucun intellectuel africain noir mature, désintéressé (soit hors système) ne peut cautionner la misère africaine et cette stagnation. Ce sont les mêmes situations vécues depuis 50 ans, les mêmes réclamations auprès de chefs d’états sans souveraineté économique et politique. Des classes moyennes ont pu émerger localement ca et la mais se sont heurte dans leurs désirs de progression aux monopoles économiques et commerciaux ériges par les tenants du pouvoir et les compagnies étrangères. Le pouvoir essaye de tenir en coupes réglées cette classe moyenne à travers un système d’entonnoir qui ne laisse filtrer que les « obedients obéissants ». Cette classe moyenne qui a soif de réussite, qui prend progressivement conscience de la chape de plomb sous laquelle elle vit, est en mesure de fournir ipso facto les racines intellectuelles et la structure agissante des contestations multiformes futures.
Curieusement ceux qui voient le mieux venir les choses sont les théoriciens militaires américains qui développent activement pour l’Afrique des doctrines touchant le contre-terrorisme et les mesures anti-insurrectionnels. Les causes sous-jacentes d’ordre religieuses, politiques, et idéologiques sont bien cernées, malheureusement les recommandations primaires (par partenaires interposes) sont essentiellement le développement des contre-mesures militaires et de la coercition, au lieu d’agir sur les causes. Ce travail sur les causes étant jugé trop compliqué a cause de trop nombreuses spécificités culturelles d’états multiethniques pour la plupart.
Apres 50 ans d’indépendance les pays d’Afrique noire francophone n’ont pas eu le développement escompté. Le mieux aurait été l’esquisse d’une nécessaire révolution africaine par l’essor des industries, de l’économie, de la culture… Mais les courants néocoloniaux en complicité avec les « frères despotes » ont eu raison des ces espoirs pacifiques. La plupart des théoriciens se sont donc faits à cette idée que l’Afrique francophone sera également touchée par les mêmes tendances contestataires extrémistes que celles qui ont cours dans d’autres pays. Ces tendances se résumant à l’expression « Pen and Swords », soit la libération qui s’écrit et s’obtient nécessairement par le sang de l’épée.
Heureusement pour le Gabon, nous sommes loin des extrémismes. La population (1,5 millions d’habitants) est relativement trop faible pour des effets de masse voire des débordements incontrôlables. La misère est présente mais les manques d’ordre personnel sont peu visibles. Ceux qui vivent cette misère ont confiance au nouveau dictateur, qui en se faisant le chantre de « l’émergence » et par le développement d’une politique populiste s’est posé en une personnalité populaire et sympathique. Le peuple majoritairement peu éduqué voit en lui le « père Noel » qui résoudra bientôt tous les maux du Gabon. Ce n’est que le énième épisode progressiste qui a permis le maintien d’un système dictatorial au Gabon depuis 50 ans. Car assez régulièrement tous les 5 ou 7 ans, le pouvoir en place introduit une once de réformisme, en appliquant une partie des programmes sociaux prônés par l’Opposition. Le Pouvoir distille donc à dose homéopathique les minimas sociaux qui permettent l’acceptation de la pérennité d’un même type de pouvoir autoritaire. Ainsi il se donne politiquement un répit populaire et continue de consommer la rente pétrolière (en circuit fermé) jusqu’au prochain épisode réformiste…
L’incertitude gabonaise actuelle est le front social animé par les syndicats sectoriels du Pétrole et de la Fonction publique. Ce sont des beaux combats qui prennent le système dans le défaut de la cuirasse, car ils n’invoquent que l’application de lois votées antérieurement et qui sont restées lettres mortes. Les problèmes de la Fonction Publique sont peu complexes à résoudre mais ont toutefois un impact budgétaire significatif. En revanche, les revendications des employés du pétrole ont des incidences collatérales importantes, notamment sur les travailleurs étrangers en particulier les expatries occidentaux. Mais les incidences seront aussi sur les futurs programmes des compagnies (investissement, formation, bénéfices financiers minimum à conserver dans le pays hôte…). La plupart des compagnies sur la sellette sont d’anciennes compagnies concessionnaires habituées a des solides pratiques de pillages économiques et de criminalités financières, ou composées de membres de la même mouvance idéologique prenant pour modèle les pratiques des premiers cités. Les technostructures locales actuelles des filiales pétrolières françaises au Gabon sont de notoriété publique composées d’un nombre importants de francs-maçons. Par conséquent une gabonisation agressive (surtout si elle touche les postes supérieurs d’encadrement) risque donc d’affecter les rapports de force au sein des technostructures dirigeantes locales, et risque aussi de mettre en lumière les délits et malversations passés.
Toutefois les ressentiments anti-expatriés et surtout anti-français étant à leur comble au sein des filiales des grandes compagnies, c’est une mauvaise pilule que les maisons-mères devront avaler si elles veulent conserver des relations sociales harmonieuses avec la population gabonaise. Des compagnies anglo-saxonnes (Shell, Baker Hughes…), marocaines (EGCA) ont commencé à anticiper et entament une démarche sérieuse de gabonisation.
Dans le domaine professionnel, la lutte de défense des tenants des intérêts des réseaux maçonniques et de la francafrique sera donc intéressante à observer, pour les mois suivants.
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