Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /Oct /2009 15:51
- Publié dans : Debat social et du travail
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Le Gabon entame une nouvelle dictature d’un autre visage. Dans le cas d’une future dictature réformiste il y aura toujours séparation des pouvoirs et respect des droits de l’opposition qui parce qu’elle a sa possibilité de s’exprimer librement peut exercer son rôle de contrôleur et de revendicateur.

 

Même si le nouveau président élu n’a pas encore officiellement commencé de diriger avec « son gouvernement », on sent une impulsion nouvelle dans la mise en œuvre d’une certaine feuille de route sociale. Cette feuille de route sociale étant l’élément principal d’apaisement qui pourra rendre supportable « l’état autoritaire » en lui donnant l’apparence d’ « un état-buts », le fameux « faire du Gabon un deuxième Dubaï ». Alors que le but véritable de tout état est d’être une organisation de contrôle, de direction et de maintien dans une situation voulue, l’illusion d’harmonie politique est toujours nécessaire au peuple. Le modèle démocratique libéral étant devenu l’étalon-politique universel, « la base du système officiel des valeurs politiques », c’est donc un camouflage obligé pour la légitimation d’un régime interdépendant des autres régimes soi-disant « libéraux ».

 

On mentionne toujours l’influence de la France, car tout le monde sait que le régime gabonais est depuis les indépendances un régime autoritaire inspiré par la France. Dans la situation actuelle elle pratique le double-langage, en prétendant ne pas exercer d’influence alors que celle-ci s’exerce en coulisse par réseaux interposés et sous le regard permanent des services de renseignement français. Il faut d’ailleurs souligner la parfaite maîtrise qu’ont eu les autorités françaises présentes au Gabon, de ne pas céder à la paranoïa qu’aurait pu leur transmettre leurs ressortissants malgré une soudaineté des événements.

 

La situation était pourtant à peu près similaire à celle de l’opération requin de mai et juillet 1990 : le consulat incendié ainsi que des biens de compagnies françaises et des bandes armées incontrôlées se livrant à des pillages.

Les règles d’engagement étaient les mêmes : légitime défense (de soi-même ou des personnes à protéger) et riposte à niveau, ainsi que s’abstenir de participer, de près ou de loin, aux opérations de l’armée gabonaise. L’opération REQUIN avait mis en évidence la vulnérabilité que constitue la dépendance de la ville vis-à-vis de ses liaisons aériennes et donc mis en relief la pertinence du choix d’une action à dominante amphibie dans l’éventualité du renouvellement d’une crise similaire. C’est pour cela que l’évacuation par barge de quelques expatriés de Total Gabon n’a rien eu de surprenant, si ce n’est que dans les années 90 l’évacuation s’était faite avec l’assistance militaire de la marine gabonaise qui avait mis à disposition ses vaisseaux. L’action d’évacuation des employés de Total faisait néanmoins un peu discordance entre le discours d’apaisement du consul de France à Port-Gentil (affirmant qu’aucun ressortissant français n’avait été lésé et qu’il n’y avait pas péril) et le fait que Total Gabon évacue ses expats en catimini…

 

Après le 3 septembre et tout le mois durant, l’implication des autorités gabonaises a été reboostée dans le règlement de cette crise et a empêché d’entrer dans un processus irréversible. Les autorités françaises au Gabon se sont livré à des actions subtiles centrées sur l’information, avec un message simple relayé par des ministres gabonais : si Port-Gentil persiste à renouer avec son passé d’émeute, la délocalisation des sièges sociaux de certaines compagnies françaises (au Congo par exemple) serait l’une des sanctions possibles… Autant dire que cela a refroidi les ardeurs de beaucoup de leaders provinciaux de l’opposition, qui auraient pu cautionner ce qui a été une grande manip orchestrée de l’extérieur, tendant à démontrer un climat d’insurrection populaire.

 

Le système de parti a toujours eu une grande influence sur le régime. Et il est clair que l’un des grands chantiers à venir du nouveau président est la restructuration et la redynamisation du parti démocratique gabonais. Au vu des nombreuses défections et dissidences constatées lors de la campagne, un état des lieux s’imposera. Il y a donc crise de confiance au sein des leaders du parti dominant, ce qui pourrait présager logiquement des votes hostiles, voire des abstentions en démonstration d’un certain mécontentement. Cela a déjà commencé avec les grèves à épisodes entamées par les sénateurs pourtant bien choyés. C’était une première ! La dévalorisation du parti par la crise interne imposera logiquement dans le futur une élimination des ex-élus révoltés ainsi que des réfractaires. Cette élimination ne pouvant se faire sans de fortes résistances de certaines bases, il est clair que le nouveau pouvoir trouvera un moment propice après l’installation officielle et une période de renforcement d’au moins les cent premiers jours. Après cela, la récréation des caciques risque d’être finie. Donc, la vraie politique qui sera celle du Gabon pour les années à venir sera lisible seulement en début 2010. En attendant le nouveau président élu risquera de multiplier les voyages, et les participations aux forums qui donnent le pas aux décisions politiques de la plupart des états dans le monde. D’ailleurs l’un des points faibles d’Ali Bongo est que malgré un beau projet de société (assez réalisable car le Gabon en a réellement les moyens), il n’a pas de groupe de réflexion assez iconoclaste, proactif et qualitatif pour analyser et planifier les stratégies qui permettraient une saine adaptation aux problématiques de changement futurs. Le Gabon participe à tous les forums possibles, mais avec un peu trop de dilettantisme et d’amateurisme, sans stratégies véritables. J’espère pour le Gabon qu’un réglage se fera et qui d’ici début 2010 il y aura (pour la première fois) un vrai cadrage intelligent des actions gouvernementales à moyen et long terme. Car habituellement il n'y a eu que des cadrages à court terme, changeant au gré des conjonctures et des aventures doctrinaires du système financier international.

Communauté : PARLONS FRANCHEMENT - Par Toto RENGONDO
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